INCESTE ET METAPHORE
INCESTE ET METAPHORE
INTRODUCTION
Au décours des thérapies, il est loin d’être rare de se trouver confronté à la révélation d’un inceste, qu’il s’agisse de la demande principale ou que le symptôme révèle un abus refoulé. J’ai souhaité à travers ce travail, partager quelques métaphores co-créées lors de la prise en charge et en synchronicité avec ces patientes abusées.
Ce travail va tenter de détailler le fonctionnement d’un(e) abusé, les mécanismes défensifs tels que la dissociation si fréquemment utilisée en hypnose. Ce travail va énumérer les signes cliniques les plus fréquents qui serviront de piste à suivre au thérapeute et je terminerai par l’usage de la métaphore avec quelques idées dont j’ai pu vérifier l’efficacité chez les survivantes. Ce sujet malheureusement très vaste sera seulement évoqué d’un point de vue systémique car c’est un véritable sujet en soi (révélation au sein de la famille, inceste implicite) qui fait partie intégrante du travail thérapeutique et de la prise en charge. C’est souvent à ce moment que les patientes stoppent la thérapie.
Toutefois, il est très important même si cela n’est pas traité de comprendre que pour guérir de l’abus sexuel il faut que la survivante puisse faire face aux sentiments qu’elle éprouve à l’égard de l’abuseur mais aussi des Membres de sa famille qui n’ont pas su la protéger ou continuent encore à jouer un rôle en niant ou en excusant ou en protégeant l’abuseur.
La plupart des techniques décrites dans ce sujet sont extraites du livre « Guerir de l’abus sexuel et revivre » c’est à dire techniques centrées sur la solution et l’hypnose éricksonienne pour le traitement des adultes de Yvonne M.Dolan.
L’ABUS SEXUEL
Afin que le thérapeute puisse accompagner au mieux, dans l’empathie et la compréhension la survivante afin qu’elle acquière, intègre, comprenne son statut de victime1, je souhaite vous décrire quelques fonctionnements incestueux.
Avant cela sachez que la loi actuelle ne réprime pas l’inceste et les agressions sexuelles en tant que telles ! L’inceste comme infraction spécifique a été retiré du Code Pénal en octobre 1791. Les actes incestueux sont donc aujourd’hui considérés dans un tout que sont les viols d’une part et les agressions sexuelles d’autre part. L’appartenance à une même famille de l’agresseur et de sa victime y constitue une circonstance aggravante. Le viol ou l’agression sexuelle sont alors réputés commis « par ascendant ou personne ayant autorité ».
2 types d’ inceste :
Dit de séduction qui s’inscrit dans un climat de tendresse, l’enfant est manipulé dans un contexte de séduction
Dit de contrainte, contexte de violence, de menace où la peur se surajoute la violence psychique.
Le lien est secret et honteux. L’enfant est pris psychiquement. Il y a ambivalence entre l’horreur et la fascination potentielle. Si l’abuseur est le père ou le beau-père le lien est organique depuis la petite enfance et pour grandir il faut de l’attachement. Quand il faut parler il y a l’angoisse de perte et cela se retrouve souvent chez les abusés adultes. Cela marque une profonde ambivalence dans les images parentales intériorisées.
Petit rappel sur l’Œdipe qui ouvre à l’identification sexuelle (masculin, féminin), à la différence des générations et à l’interdit de l’inceste qui est posée comme barrière structurante.
La 2é structuration lors de la problématique pubertaire qui ouvre à une autre identification, celle au géniteur, à la fonction parental (père, mère) complémentarité des sexes et à la relation d’objet adéquate.
L’inceste rend un accès difficile à l’identification car le modèle symbolique s’écroule, c’est psychiquement très déstructurant où le sujet a du mal à faire la différence entre soi et l’extérieur.
L’agression sexuelle est un meurtre sans cadavre. On observe un décentrement de soi au moment de l’agression qui à force va contraindre le sujet à se couper de l’affect à s’insensibiliser, voire à se cliver dans un mécanisme défensif afin de reprendre possession ou un certain contrôle d’un espace psychique à protéger.
La maturité physique, le changement des relations à l’adolescence et la maturité sexuelle (drague etc.. ;) chez l’abusé la confusion du vécu interne peut être totale ce qui complique encore le vécu propre à cet age.
Cette confusion peut se décrire en 3 modalités :
1.entrave totale du mode de pensée avec inhibition intellectuelle (ne plus penser) allure d’une pseudo-débilité comme dans la psychose
2.+ comportementale : passage à l’acte, impulsivité, troubles du cpt, sexualité chaotique, prostitution, fugues pour se dégager, violence, TS
3.volonté de détruire son corps (anorexie pour éliminer signes de féminité) tt en restant dans la maîtrise.
Les troubles de la sexualité vont être fréquent et dans l’après-coup les relations au plaisir vont être teinté de dégoût ou de HONTE. Cette honte est à travailler au décours de toute la thérapie et on y reviendra dans la prise en compte du statut de victime, étape très importante de la thérapie où l’on abordera aussi les différents types d’abuseurs et avec quelques mots du pédophile ou du pervers. Il faut bien entendre que toute la thérapie repose sur la révélation, les rapports familiaux et les soutiens.
TYPES D’ABUSEURS :
Abuseur bienveillant :
Relation marquée par la dépendance soit éco, affective ou intellectuelle parfois physique. L’abuseur a une incapacité à vivre sans être dominant. Il a la conviction qu’il fait du bien à l’enfant et tire sa satisfaction à dominer l’autre. Violence exceptionnelle. S’inscrit au départ dans une relation style éducateur ou prêtre et cela glisse avec idée fausse que cela fait du bien que c’est de l’éducation. Souvent le chantage se noue « tu deviens l’objet de mon désir, tu existes ». A ce stade d’autres enfants peuvent devenir potentiellement désirables. Cela glisse vite au chantage affectif « notre secret » menace sur maman, autres exclus de la relation…
Pas de remise en question ce sont les autres qui se trompent, ils font du bien.
Abuseur DON JUAN :
Dans le sens narcissique (miroir), idée de séduction, beauté, « dans ton Regard je sais qui je suis ». Il trouve chez l’autre l’expression d’une admiration qui le fait vivre au point où par projection il acquiert la conviction que l’Autre a besoin de lui pour être bien.
Celui-ci est + intéressé par l’ado, il initie à la sexualité. Il aime la vierge qui ne peut être qu’honorée. L’autre n’existe que comme prolongement de ce qu’il croit être. L’autre n’est qu’un objet mais il y a altérité .
Abuseur Hédoniste :
Plaisir, jouissance dans le rapport à l’autre qui n’est que l’instrument d’une jouissance sexuelle. Incapacité d’un délai ou de frustration. Immaturité de la personne qui est incapable de s’identifier à ce que l’autre ressent. L’enfant est là et doit répondre immédiatement à la pulsion.
La personne qui développe ce mode relationnel se fonde sur la conviction que l’autre n’a de sens que pour l’asservir d’où menace ou contrainte. Il consent où il est brisé (prostitution, pornographie)
Abuseur violent :
Toute personne qui trouve satisfaction dans le fait d’abaisser, avilir, de faire souffrir ou détruire. Ce qui fait jouir c’est l’avilissement imposé à l’autre. Ce sont les tueurs en série, les violeurs qui jouissent de la peur ou de la terreur dans le RD de l’autre et en tire de la puissance. Le rapport est brutal et destructeur, il n’y a rien de relationnel, l’autre n’existe pas et souvent il n’impose pas ce qu’il veut mais ce que la victime ne veut pas. C’est la jouissance qui crée la pulsion et le désir de recommencer.
LES FAMILLES INCESTUELLES
Famille rigide et totalitaire :
(mère soumise, père tyran) Les règles sont strictes, peu de communication, familles isolées. L’inceste est légitime, rationnellement peu caché. L’enfant doit s’y soumettre et si découvert l’enfant fabule et le père nie. Souvent c’est ici la transmission de génération en génération. Le père affirme son image cachant une grande insécurité affective. L’enfant est isolé et c’est la règle de l’interdit de parler ;
Famille fusionnelle :
Famille « calin », tout le monde se masse, organisation enchevêtrée. Père qui joue, qui prend la place de la mère puis cela s’érotise et se sexualise comme dans le bain avec plaisir affectif. Si l’abuseur découvert, il s’effondre. Ce sont des personnes qui ont gardé la nostalgie de l’enfance sans régler l’oedipe.
Famille chaotique :
Pulsion pas éduquée, famille au jour le jour, sans projet et à long terme souvent avec contexte économique défavorable. Il n’y a pas de limite et confusion des générations. C’est le principe de plaisir et satisfaction immédiate.
STRESS POST TRAUMATIQUE
Comme nous l’avons vu dans le listing des modalités possibles de l’impact de l’inceste sur la construction psychique de l’enfant ou de l’ado, l’abus sexuel, « événement traumatisant sur le plan psychologique » peut être à l’origine d’un stress post traumatique. Cela semble important pour les auteurs actuels de diagnostiquer ce SPT car cette définition a un effet normalisant pour les patientes car la description clinique des symptômes de SPT qui leur permet d’admettre que leurs réactions et symptômes correspondent bien à un stress psychologique exceptionnel à la même manière qu’une catastrophe naturelle ou a un accident ou une attaque. C’est une voie à utiliser pour ces patientes qui ont tendance à se blâmer plutôt que de blâmer l’agresseur.
Rappel sur le SPT :
Evénement traumatisant
Syndrome de répétition (reviviscences involontaires hallucinatoires, souvenirs intrusifs, ruminations mentales, flashs back (intrusion de souvenirs sensoriels), cauchemars.
Affaiblissement de la réactivité générale permettant de fuir le monde extérieur par exemple par la dissociation, le retrait, la diminution des affects ou manque d’ »intérêt aux événements de la vie quotidienne ;
Tout un ensemble d’autres réactions ou symptômes tels que trouble du sommeil, de la concentration, problème de mémoire, sentiments irrationnels de culpabilité, sensibilité extrême aux dangers, accentuation quand rappel du trauma initial, hypervigilance. La liste des symptômes pour les survivantes de l’abus est longue des troubles alimentaires à la dépression.
La description du SPT rassure la patiente sur sa non-folie.
On peut expliquer ou penser que le retrait psycho-affectif et l’absence de réaction qui, à certains moments, peuvent constituer la seule protection possible lors d’une agression sexuelle mais qui, paradoxalement s’ils se poursuivent au-delà de l’épisode d’abus et deviennent chroniques, empêchent la cliente de reconnaître un nouveau danger et d’y échapper.
De même, la pénible incapacité à supporter d’être touchée et une tendance très forte à fuir toute relation d’intimité peuvent correspondre, à l’origine, à des réflexes d’autoprotection tout à fait opportuns ; par la suite, cependant, hors de leur contexte d’origine, ces réactions deviennent embarrassantes et contraignantes. On peut considérer les flash-back à répétition comme des tentatives inconscientes de désensibilisation. Toutefois lorsqu’il s’agit de situations traumatiques graves, ce processus de défense risque de s’avérer insuffisant ; n’ayant plus d’utilité, les flash-backs se transforment en une nouvelle XP traumatique.
LES FLASH-BACK
Les flash-back provoquent chez les survivantes d’abus sexuel des liens associatifs passagers et puissants qui les amènent à faire à nouveau l’expérience des émotions et des sensations associées au trauma de l’abus, tandis qu’elles se coupent du bien-être et de la sécurité du moment présent. Ils peuvent apparaître au décours de la thérapie ou chez le dentiste !. C’est en général un « signal associatif traumatique » qui les déclanche, que ce soit sous forme d’expérience sensorielle (vision, gout, odorat, toucher) ou un événement qui rappelle littéralement ou symboliquement un aspect du trauma de l’abus. L’objectif est donc de permettre d’assimiler avec notre aide et de dépotentialiser l’effet du flash-back, permettre de mieux contrôler la situation, donner un nom à l’expérience et pouvoir la maîtriser au lieu de se dissocier.
4 étapes :
1.« Qd avez-vous ressenti la même chose auparavant ? Dans quelle situation vous trouviez-vous lorsque vous avez ressenti la même chose ? (si la patiente ne se rappelle pas on peut faire appel aux ressources ICS. On peut trouver en induisant la transe en auto-hypnose centrée sur phénomène extérieur, remonter jusqu’à la source de ces sentiments de la façon qui sera la + utile pour l’aider à mieux comprendre ce qui se passe et donc à guérir)
2.de quelle façon la situation présente et votre situation passée st-elles semblables ? Existent-ils des similitudes (emplacement, saison, de ce qui est à voir…Une autre pers est-elle en cause, quels points communs a-t-elle avec la personne qui a suscité des sentiments semblables dans le passé ?
3.Comment votre situation présente diffère-t-elle de la situation passée où vous éprouviez des sentiments semblables ? Qui a-t-il de différent pour vous, aussi bien dans ce que vous ressentez que dans vos conditions d’existence et vos ressources personnelles ? Le cadre est-il différent ? Si 1 ou =sieurs pers sont impliquées en quoi diffèrent-elles du passé ?
4.Que voudriez-vous faire pour vous sentir mieux maintenant s’il y a quelque chose à faire ? Par exemple , un flash back peut indiquer que l’on se trouve à nouveau dans une situation qui comporte des dangers. Si c’est bien le cas, il faut alors entreprendre quelque chose pour se protéger et changer la situation. Mais par ailleurs, un flash back peut simplement signifier qu’un souvenir ancien a été réveillé par une ressemblance avec le passé, peu importante en soi, une couleur, une odeur… Lorsque c’est le cas, la pers a juste besoin d’être rassurée et réconfortée par des messages correctifs qui pourront contrebalancer les anciens souvenirs traumatiques. Association de bien-être et sécurité peuvent jouer un rôle utile. »2
Amener en transe un climat de confort, de sécurité et trouver un symbole de cette sécurité, un objet et créer un ancrage avant le travail sur les flash-back semblent plus que judicieux et nécessaire.
LA HONTE et CULPABILITE
Dans la théorie freudienne, la question de la honte survient au décours de l’oedipe. Honte de l’omnipotence de désirer ses parents. La honte+culpabilité+désir incestueux =oedipe. Cela fait partie intégrante de la névrose. La honte surgit est un affect qui surgit dans des moments de rupture/ aux exigences de l’Idéal du Moi. La culpabilité est plus liée au Surmoi/ la Loi /norme, règle et l’Interdit de l’inceste.
La culpabilité est de n’avoir pu, eu, su empêcher. L’événement réel du trauma peut venir se télescoper dans le fantasme du désir oedipien. Il faut amener le sujet à faire la différence.
Le contre investissement de la honte peut être la fierté que personnellement j’utilise beaucoup après avoir décrit le pervers et le statut de victime3. C’est une fierté que d’avoir survécue si longtemps !
La honte est liée à la transgression et là la transgression est bilatérale et bien moindre du coté de l’abusée.
Tant que le sujet n’a pas réussi à dépasser la honte il reste réduit à être victime du trauma ou du viol.
L’étape où le sujet doit être reconnu comme VICTIME est très importante.
Même les patientes que j’ai croisé en thérapie et prête à une confrontation au tribunal et donc toujours « en colère » (mécanisme défensif) n’ont souvent pas acquis ce statut de victime que souvent hélas la justice ne valide pas.
ATTITUDE DU THERAPEUTE
Accueillir les confidences avec respect et empathie, soutenir afin d’éviter stigmatisation et le jeu du secret si souvent entretenu dans le cas d’abus. Il faut que le sujet puisse mettre en évidence et utilise activement ses ressources ainsi que les images de ses objectifs et de ses possibilités futures.
L’objectif est donc de comprendre et intégrer l’impact de l’abus mais que tout comportement n’est pas lié à l’abus. Il est très important de créer un climat de confiance chez ces sujets qui se sentent vite incompris ou isolés dans leurs sensations souvent désagréables ou coupables.
« svp dites moi tout ce que vous penser que j’ai besoin de savoir pour que vous soyez sure que je puisse comprendre. »
Si flash-back qui peuvent être très angoissant : utiliser la technique d’Ericksson de se sentir bien ailleurs consciemment ou inconsciemment en sentant le bien –être dans la main.
Revenir à l’ici et maintenant « regardez dans cette pièce et dites moi ce que vous voyez »
ou alors on peut utiliser symboles du présent (photo d’enfant , mari, sac etc…)
Malheureusement le fait de raconter ne désensibilise pas donc il faut toujours protéger d’une réactualisation du trauma. Il s’agit de corriger et non de violenter, de réconforter afin de permettre au sujet de comprendre qu’elle a un contrôle sur ses symptômes.
Ces techniques permettent de faire prendre conscience au sujet qu’elle a un contrôle sur ses symptômes4.
1.changement préalable au traitement : désigne 1 amélioration de la situation pour laquelle le patient vient en thérapie qui a lieu entre prise de rdv et 1ère séance : le thérapeute peut ainsi demander si elle a remarqué quelques signes et demander si elle veut voir cela perdurer. Manière de mettre l’accent sur des capacités nouvelles et sujet à vivre des changements utiles et l’inciter à faire usage de ses capacités.
2.Echelle d’évaluation de la guérison : de RON KRAL ; c’est un tableau de signes5 destiné à aider les patientes à reconnaître de quelle façon elles commencent à aller mieux, repérer les signes du mieux-être. Cela met un contexte d’espoir. Quand il y a des signes on peut donner comme tache de repérer d’autres signes de guérison quandd ils apparaissent. Si une patiente est très déprimée pour utiliser cela on peut faire la remarque suivante :quel serait le plus petit signe à votre avis que votre mari pourrait remarquer ? Et le suivant ?
3.Technique du miracle : « si un miracle survenait au beau milieu de la nuit et que vous ayez surmonté les conséquences de l’abus…pas besoin de thérapie et que vous vous sentiez tt à fait satisfaite de votre vie, dites moi ce que qui serait….
Tache d’observation, aide à penser « ce n’est pas de ma faute » et garder un sentiment de contrôle.
4.taches donnés à la fin de la 1ère séance : a pour but pour les patientes d’aider les patientes qui ne peuvent exprimer leurs attentes / à la thérapie : « d’ici à la prochaine séance j’aimerai que vous pensiez à tt ce que vous souhaitez qui continue dans votre vie ». Permet de mieux se rendre compte des ressources de leur vie quotidienne. La liste est toujours sous la main en 1ères étapes de thérapie. On peut rajouter à la liste.
5.Le vieux sage qui est en nous : « imaginez que vous êtes devenue une vielle femme pleine de sagesse et d’expérience. Comment vous aiderait-elle dans cette phase, quels conseils comment vous consolerait-elle ? Comment rendre la thérapie plus efficace. Puis faire écrire une lettre « à la sage » pleine de bon sens qui fait partie d’elle-même et lui raconter ce qu’elle doit affronter en ce moment.
On demande ensuite à la cliente de prendre le rôle de la vielle dame et de répondre par une lettre qui offre du réconfort pour cette période.
La métaphore et ses effets
La philosophie a mis particulièrement en lumière la force de création de sens de cette figure, sa riche potentialité de signification pour celui qui l’entend. Les petits signes nous permettent de faire surgir un nouveau sens par impossibilité logique d’en rester au sens premier et habituel. Produire une métaphore, c’est sortir un mot ou un groupe de mot de leur contexte pour les faire passer du sens propre au sens figuré. Le sens propre s’adresse à la raison, le sens figuré à l’imaginaire. Ainsi, la métaphore permet d’ouvrir des possibles inconnus auparavant, « comme ».
Erickson définissait la métaphore comme « moyen qui permet d’apporter de nouvelles significations à la conscience ».
Dans ce processus d’émergence d’une nouvelle signification se situe la mise au jour de la puissance créatrice du langage et donc de l’être. Du coup, la métaphore, par sa puissance d’innovation sémantique, permet de nommer les nuances subtiles de l’expérience et du changement, qu’un langage technique et scientifique peut difficilement décrire. On comprend donc pourquoi le langage symbolique et métaphorique est le plus proche de la vie en son mouvement même. C’est donc une utilisation des moyens du langage qui propose un nouveau monde, une nouvelle façon de voir la réalité, un chemin de (re)naissance ou (re)connaissance. Car ce type d’énonciation, par la mise en suspens de l’action et de la volonté que provoque l’imagination, ne vise pas directement une décision mais l’ouverture de possibles chez l’auditeur, pour lui permettre d’avancer en liberté. C’est une mise hors danger. On a là un moyen de susciter son inventivité, car l’aspect créatif de la métaphore le déplace et l’aide à entrer dans un univers, en grande partie inconnu à lui-même, qui émerge tout d’un coup sous la forme d’une comparaison. Ce langage du « voir comme », fondé sur le rapprochement surprenant entre deux réalites, au départ éloignées voire incompatibles, introduit donc du neuf et de l’inédit. Il apparaît en tant qu’événement de signification indissociable de son contexte de production.
Tout le détail ici décrit sur la création d’une métaphore a été copié car très bien fait sur le site www.hypno-solutions.net :
Une métaphore doit présenter quelques critères pour être efficace :
Une métaphore, comme toute histoire doit avoir
- un début : la problématique métaphorisée
- un milieu : la stratégie de résolution métaphorisée
- une fin : le dénouement, solution métaphorique au problème.
Une métaphore doit être isomorphique, c’est-à-dire reproduire personnes, événements, processus ou problématique de manière équivalente aux critères de la situation réelle.
Une métaphore respecte la carte de la réalité du sujet : dominante sensorielle, submodalités, metaprogrammes, systèmes de croyance…
Une métaphore doit être énoncée en synchronisation avec la personne, en calibrant et ajustant en fonction des réactions verbales et non-verbales.
Une métaphore doit susciter émotion ou intérêt venant cristalliser inconsciemment les significations et solutions.
Une métaphore doit être inconsciente, c’est-à-dire implicite, non compréhensible consciemment. Problématique, stratégie et résolution sont abordées à un autre niveau.
L’usage métaphorique présente nombre d’avantages :
La métaphore ouvre le champ des possibles : « En l'absence de rails préétablis, le travail d'interprétation de la métaphore confère à l'interprète un espace virtuellement ouvert » Prandi
La métaphore est suggestive : elle s’adresse à l’inconscient du sujet en déjouant les mécanismes de défense qui se seraient déclenchés avec un message direct.
La solution est masquée : elle laisse la possibilité au client d’adopter ou non ce qui lui est proposé.
La solution est déterminée par le sujet, issue de son ’interprétation de la métaphore. La solution est SA solution.
Une anecdote, une fable une expérience personnelle du thérapeute… sont autant de chemins offerts vers le changement. Le but est toujours d’activer des processus de recadrage, d’évolution chez le sujet. La métaphore évoquera des ressources nécessaires au sujet pour la résolution de son problème.
Une métaphore pourra être utilisée pour faire intégrer tout élément de la démarche thérapeutique :
- Le sujet a en lui les ressources de son évolution
- L’échec est une information
- Les difficultés peuvent être surmontées
- On atteint l’objectif qu’on s’est fixé
Une métaphore peut être fermée ou ouverte :
1) Métaphore fermée : le thérapeute propose, oriente en fonction des particularités et réactions du client. Celui-ci écoute et traite inconsciemment les informations en s’appropriant les symboles.
2) Métaphore ouverte : le sujet intervient dans la construction de la métaphore qui évolue vers sa résolution inconsciente à travers un dialogue entre thérapeute et client.
METAPHORES PERSONNELLES
Pervers qui est un chat
Comme je l’expliquais plus haut, une étape très importante de la thérapie est la prise de conscience du statut de victime, victime du pervers. Le pervers choisit sa proie. Il me semble important que l’abusé comprenne le fonctionnement de la personnalité perverse qui n’a pas de culpabilité, ce qui le différencie de la personnalité névrotique. La survivante doit vraiment comprendre qu’elle a été piégée. Je nomme souvent les pervers, extra-terrestres. Non pas une vision méchante du bonhomme vert mais plutôt comme non humain, ne fonctionnant pas comme nous, avec les émotions, l’amour, la culpabilité, la notion de « mal », de « bien »…
Pour bien faire sentir cette « torture » morale que fait vivre le pervers à sa victime, la métaphore du chat est venu facilement s’installer au cabinet !
Qu’est-ce qu’un pervers ? Et bien vous voyez ces 4 murs et pas vraiment d’endroit où se cacher. Vous êtes une charmante petite souris, heureuse dans son monde de souris et qui n’embête personne. La porte s’ouvre et laisse place à un chat. Instinctivement vous vous raidissez, vous savez même sans jamais avoir vu de chat que vous êtes en danger et vous avez envie de vous cacher. Et pourtant ce chat est charmant, parle avec douceur, cherche à être ami. Le temps passe et il est si gentil, si doux que tous sentiments de danger s’écartent et l’alarme se tait. Il veut tellement être mon ami, il est si gentil ….Vous vous répétez ces mots.
Quand tout est installé………… C’est alors que le chat se réveille et jouit de la peur qu’il peut apercevoir dans vos yeux, montre les crocs et les griffes et s’admire lui-même de son efficacité à vous avoir fait croire qu’il était une souris. Plus vous avez peur et plus il a de plaisir. Tant que la souris bouge il a du plaisir. Vous jouez la morte, alors il va se détourner puis reviendra. S’il ne vous a pas trop abîmé alors peut-être va-t-il reprendre le ton du gentil chat ami de la souris et reparler de ce bon temps passé ensemble avant que…
Après toute cette peur, une partie de vous souhaite si fort retrouver le gentil ami alors vous avez envie d’y croire. Si vous n’êtes pas partie en cet instant alors le lavage de cerveau a commencé et vous ne saurez plus le vrai du faux, gentil ou pas gentil et la doute, la peur est inscrite en vous. Là est la jouissance du chat.
Un pervers c’est ça, c’est quelqu’un qui prend du plaisir à en abîmer un autre, à l’utiliser.
La petite souris pourtant peut reprendre sa vie, retrouver ses plaisirs et joie de souris. Un jour elle racontera son histoire, sa rencontre avec un chat mais elle a survécue et peut en être fière car cela ne lui arrivera plus jamais. Même les chats les mieux déguisés, elle les reconnaît et surtout elle a compris que ce que les chats aiment, c’est jouer, jouer avec la naïveté ou la gentillesse ou le besoin de la souris.
Aucune honte à avoir, à être une souris normale, d’être gentille ou naïve ou d’avoir cru. C’est ça être une souris et le chat en fera toujours douter comme si être cela avec toutes ces qualités n’est pas normal…
Depuis elle a appris à comprendre pourquoi et à quel moment il est entré dans sa vie, à quel point il a été habile de sentir en elle ses manques. Elle s’occupe de ses manques maintenant et a appris à s’aimer mais surtout elle est fière de ce qu’elle a accompli. C’est elle qui a gagné !
Décrocher le tableau
Dans la suite logique du travail avec le chat, je mets en place dès le début de la thérapie cette métaphore du tableau. Je reparle souvent du tableau et je peux comprendre, entendre ou ressentir où en est la patiente par rapport à son abuseur, où nous en sommes dans son évolution. Cette métaphore permet aussi de « d’éloigner » l’abuseur, de s’en dissocier. Souvent vous entendrez haut et fort que la patiente est claire et dénuée d’émotions. Que le pervers ne fait plus partie de sa vie sinon dans sa non habilité à retrouver une vie normale. Le but est de faire face et vraiment « décrocher le tableau ». Je pense sincèrement que la plus belle victoire vis-à-vis des abuseurs pervers, c’est la belle indifférence, intelligence qui ne les autorisent plus à s’accrocher ou à chercher à s’arrimer.
Dans mon cabinet j’ai en face de mon bureau un tableau, dos au patient donc.
« Faire vivre le pervers c’est comme si vous aviez dans votre salon sa photo, ce tableau. Faire vivre le pervers c’est encore avoir des émotions, des questions, des moments de vous en lien avec lui, même si effectivement ils sont plus rares. Oh depuis le temps, vous êtes sure que vous avez tout fait pour faire disparaître cette partie de vous, celle qui a vécu cette expérience difficile. Pourtant vous étiez là au moment où l’on a accroché cette image, ce tableau, même si vous pensez avoir oublié cette photo, ce cadre devant laquelle vous passez tous les jours.
C’est comme ce salon dans lequel on peut se sentir bien mais en même temps on est tellement habitué à la déco qu’on ne voit plus le mobilier.
Pourtant un jour, est-ce le printemps ou une envie de changer, de rénover ou tout simplement le moment mais ce tableau vous avez décider de le décrocher pour pouvoir repeindre les murs et créer une nouvelle atmosphère. »
La Colline de la purification
Lorsque je partageais cette métaphore avec mes collègues, une d’entre elle me demandait si elle ne touchait pas un archétype ! C’est fort possible et je remercie encore ce moment de partage et de co-création avec cette patiente qui avait tant travaillé sur elle et qui enfin disait « je voudrais me sentir pure, il ne reste que cela cette impression de saleté, d’impureté… ». C’est un moment comme il en existe en hypnose, fort et puissant dans la synchronisation.
Cette métaphore est très puissante dans la symbolique et surtout me semble-t-il dans ce qu’il y à « réparer » après un abus quelque qu’il soit. Bien sur, l’idée en soit peut-être utilisée à tout moment. Toutefois, investie au moment « juste » de l’évolution de la patiente, la réparation, la transfiguration, la guérison sont impressionnantes.
Il est un temps dans toute thérapie relative à un abus où la survivante avoue ou dit se sentir sale ou à désinvestir une partie de son corps, en général le bas-ventre (souvent décrit comme noir ou sombre). Revenir alors sur ce que le pervers à gagner en détruisant une partie de la patiente, « c’est faire revivre le tableau » permet à la patiente de souhaiter devenir libre. Aujourd’hui elle est libre, elle veut être libre alors le miracle peut avoir lieu : aller sur la colline de la Purification.
Avant cela j’ai interrogé discrètement la patiente au sujet de la femme qui représentait à ses yeux le symbole de la Féminité, de la Sagesse. Si cette image est claire j’accompagne en hypnose la rencontre avec cette « Femme ».
L’accès à la colline de la purification est long et détaillé pour bien augmenter l’intensité et la symbolique du travail qui va advenir. On passe par la voie des eaux puis par la terre avec une reconnexion à la nature. Je prends plaisir à décrire tel un conte des paysages tout en rappelant à tout moment la préparation qui est en train de se faire pour cette rencontre. Tous les petits êtres de la nature sont présents pour préparer à cet accueil et la beauté de cet acte de foi : se reconnecter avec La Femme, La Vie, La beauté des rythmes et de l’intuition, la RENAISSANCE.
Quand vous avez vérifié que la patiente est de plus en plus prête à avancer et à vivre en harmonie avec toutes les parties d’elle-même, la libération et la guérison alors les petits êtres ou vous-même, laissent la patiente grimper seule cette belle colline verte pour monter vers cette femme douce, belle, merveilleuse qui a tout vu, tout vécu, qui n’est que pardon et qui a le pouvoir et surtout le don de redonner à toutes les femmes la reconnexion à la Femme. Etre Femme c’est être la Vie, le rythme, l’Intuition, la compréhension… Ne dit-on pas que le Graal serait l’utérus féminin. Cette femme merveilleuse va habiller la patiente d’une très belle robe blanche fabriquée avec des fleurs (le plus souvent les patientes ont vu des Lys) tout en suggérant bien sur le travail de purification au moment où la patiente revêt la robe. Cette étape est souvent vécue comme un baptême. Cette femme, cette « déesse » est très déculpabilisante, compréhensive, sage et maternante. Elle compatie, comprend et surtout permet à la patiente d’être nettoyée, pardonnée et aimée et surtout reconnectée à la partie la plus pure d’elle-même, cette partie qui sait qu’elle a toujours été pure.
CONCLUSION
Une thérapie est toujours individuelle bien entendu. Peut-être l’est-elle plus encore en hypnose puisque c’est l’Inconscient du sujet, « ce réservoir de ressources » qu’interpellait si bien Erickson, qui met en place les solutions.
J’espère avoir pu contribuer à la mise en lumière de quelques lignes conductrices quant à la prise en charge de personnes abusées.
Comprendre que l’abus6est un Stress Post Traumatique et que le sujet se sent avant tout coupable avant de pouvoir comprendre qu’il a été victime est important. Le statut de victime est une étape impérative, de même que l’accompagnement auprès du conjoint, de la révélation auprès de la famille et/ou dans le choix d’une plainte au tribunal.
Le thérapeute a un rôle très « soutenant » désiré ou non. Il me semble qu’il se doit d’être au clair avec les réactions implicites des « non-dits », de la place inconsciente du sujet dans sa fratrie et sa famille et de la perte d’homéostasie du système lors d’une révélation qui n’implique pas guérison…
Guérir d’un abus, d’un inceste, d’un lien pervers où l’on a été complice inconscient implique un désir de s’en départir. Cela implique un temps « une perte de repère » et le thérapeute SE DOIT d’être, contenant, soutenant à ce moment avant la création des nouveaux repères.
SYLVIA GRENARD SAINT-OYANT, infirmière
D.U. de psychologie expérimentale et criminelle
D.U. de pragmatique de la communication et
des thérapies familiales
Tél : 06 03 22 54 70
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Mis à jour ( Vendredi, 11 Novembre 2011 12:38 )